| dimanche 02 janvier 2011, a 22:42 |
| Hommage à l'Afrique Majestueuse: une Énergie en expansion |
Plusieurs se déclarent spécialistes de l'Afrique sans vraiment la connaître. Pour ma part, je la porte entièrement dans mon sang et je la vois, non pas comme ce berceau archéologique lointain de l'espèce, mais comme le cordon ombilical de mon enfance, l'horizon de mon regard et l'objet de mon engagement.
Le protocole de civilisation et la routine consacrée veulent qu'à l'occasion de chaque nouvelle année on se présente mutuellement des vœux. Du haut de ce blog, je n'en adresserai à personne en particulier. En substance et honnêtement, sans aucun artifice littéraire, j'adresse mes vœux à l'Afrique, pour déclarer publiquement que son heure a bel et bien sonné.
Ce disant, je ne prétends pas que 2011 soit l'année de l'Afrique. J'affirme plutôt que le cycle de l'Afrique, du moins depuis la traite des esclaves et la colonisation, a enfin commencé, cela de façon imperturbable. Comment? Je n'en dirai pas autant qu'entre les lignes, afin de brouiller les cartes et que les perturbateurs ne perçoivent ici qu'une vue d'esprit et un intellectualisme enchanteur.
Par-delà l'aveuglement et l'accoutumance hystérique au drame africain, j'affirme que le temps de la catharsis est enfin arrivé, que la scène est close, les masques sont tombés, la réalité reprend ses droits. Sans doute, des tragédies ont été pires, atroces, inexpliquées. Y'en a-t-il , du reste, qui soient douces et explicables? J'en sais assez quant à la virulence de leur blessure pour ne pas m'incliner devant la mémoire déchirée et placer ces errements à leur juste horizon. Guerres, conflits, tensions, famines, viols, enlèvements, massacres, déplacements des populations, répressions, analphabétismes, maladies, leaderships des roitelets, etc. Des tragédies de bout en bout artificielles, préfabriquées, créées ex nihilo, montées de toutes pièces par la bêtise et la forfaiture d'une volonté de puissance calculée et barbare, mais qui, heureusement, ne peut être absolue, la barbarie ayant ses limites.
L'Afrique franchit ces limites avec une finesse et une maîtrise extraordinaire. Je ne parle pas de l'Afrique du scandale géologique, l'Afrique des minerais, du pétrole, de l'or, du diamant, du cuivre, du cobalt, de l'uranium, du coltan, du bois, - une Afrique somme toute passagère. Je parle de l'Afrique du scandale humain, celle de la floraison sans saison des élites visionnaires et polymorphes, l'Afrique de l'énergie intellectuelle et citoyenne, qui a précipité l'épuisement des stratégies de domination et la fin concomitante des idéologies tutélaires de la propagande, à la fois religieuses et politiques, les deux étant toujours intimement liées.
Utopie? Idyllisme béat? Ma perception de l'Afrique serait-elle chimérique ou poétique que je m'enfermerai dans la coquille du mutisme. Je ne dévoilerai pas pour l'instant les arcanes de cette vérité afin de n'en point perturber le cours. Car, elle est bien là, en marche, l'Afrique du stock de l'intelligence sans pénurie ni rupture, celle de la jeunesse autrement éclairée, propulsée par la dissolution des repères périmés et par le déchainement massif des libertés, par l'éveil irréversible des consciences et la transmutation radicale du nationalisme en des formes nouvelles et imprenables de la condition historique.
Je rends hommage à ce cycle naissant de l'Afrique et je m'incline, sans idolâtrie, devant cette ''Énergie Africaine en Expansion'', et je lui présente tous mes vœux de succès.
Charles Tshimanga Bakankana |
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| mardi 25 mars 2008, a 13:39 |
| MES VOEUX POUR TOUS |
Je formule mes vœux les plus tendres à tous les visiteurs de ce site. Ce qui fait la spécificité de notre espèce et qui nous rapproche de l ' éternité c' est bien la pensée qui constitue notre être. " Je pense, donc je suis ", disait Descartes dans le Discours de la méthode. Nous sommes parce que nous pensons et par ce que nous pensons.
Rien ne vaut le prix d ‘ une pensée conçue et née dans la profondeur du cœur, sous-tendue par les valeurs sublimes millénaires et ordonnée à la quête du bien et du bonheur collectif. Pour une telle pensée , il n ' y a ni limite, ni loi. Le penseur est son propre maître.
Au service de ces vœux, j'ouvre aujourd'hui, modestement, les vannes des pensées enfouies en moi afin de les partager avec vous pour qu'ensemble nous puissions construire un monde à la mesure de l'humain qui transcende les frontières.
Des pensées et des savoirs, il n'existe point de musées. Quel édifice matériel, quel ouvrage de poussière passagère aurait la prétention et le culot de contenir, d'emmagasiner la pensée ? Tous les musées du monde réunis sont incapables d'abriter la plus petite pensée dont la taille n'approcherait pas la pointe d'une aiguille. On n'emmagasine pas l'immatériel.
Je célèbre dans ce site la grande constellation invisible des pensées éternelles qui éclairent la nuit des civilisations. Eternelles, bien sûr, parce que la pensée n'a pas de commencement. Le supposer serait faire de la pensée une énigme.Or il n' y a pas d'énigme. Seule l'ignorance reste énigmatique, mais elle est, heureusement, irréelle et inexistante.
Prenez donc possession de votre site et participez à la mise en lumière du monde de la pensée, que j'appelle la "logosphère ".
CHARLES TSHIMANGA BAKANKANA |
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| dimanche 07 novembre 2010, a 21:17 |
| Ce que Michelle Obama symbolise, par Paul Laurendeau |
Dans la mise en place de la symbolique présidentielle en cours aux USA, Madame Michelle Obama joue un jeu fin, subtil, délicat, audacieux, et elle le joue sciemment. Elle travaille à la démonstration du fait qu'il est possible d'être à la fois “maman” et socialement affirmée et qu'une pleine appropriation non-sexiste des rôles traditionnels de la femme est viable. Il y a, de fait, des femmes qui s'identifieront profondément à cette dynamique dualiste et ce n'est pas, il faut l'admettre en toute impartialité, plus aventureux que ce que font certaines de nos dirigeantes d'entreprise… Il faudra voir ce qui en découlera et si une perspective progressiste effective sera mise sur rail par une telle option. C'est bel et bien là une autre des gageures “improbables” de l'aventure ultra-centriste des Obama… Fondamentalement il ne s'agit pas ici d'une question privée ou personnelle mais bel et bien d'un problème d'image publique. La posture de Première Dame case sa dépositaire dans une coche ET publique ET traditionnelle, donc, inévitablement, fondamentalement paradoxale, pour toute femme de sensibilité moderne et moderniste. C'est un problème, c'est même potentiellement assez ennuyeux. Il faut surveiller attentivement ce que Madame Obama fera de cette stature ambivalente et ce qui en adviendra à l'usure du temps. Mais le moins qu'on puisse en dire pour l'instant sur son compte est que sa compréhension de la situation est maximale et que le tout de la joute symbolique se joue, de fait, autour du fameux enjeu de la conciliation travail/famille, si sensible en notre temps.
On peut dors et déjà observer que Madame Sarah Palin, en 2008, tenta aussi, dans le corps de sa stratégie de communication électorale, de miser à fond sur ladite question de la conciliation travail/famille, mais, dans son cas, ce fut une déception intégrale, pour des raisons bien plus systémiques qu'on ne le pense. Madame Palin se posait en figure politique au sens classique du terme, pas en Première Dame. Or, le fait est que les femmes seront beaucoup plus douées comme leaders socialistes. Les politiciennes de droite, comme Sarah Palin, vivent une contradiction insoluble entre les valeurs progressistes que les femmes font émerger de par leur impact de masse dans la société civile et les intérêts réactionnaires qu'elles servent «littéralement» comme politiciennes de droite. La culture intime des femmes n'est pas très compatible avec le capitalisme, l'arrivisme et l'égoïsme. La femme politique, encore rare aujourd'hui, procède en fait de la politique de demain… et demain viendra, pour sûr. Sauf que, pour le moment, Sarah Palin, en super-maman avec bébé dans un bras et ordinateur portable dans l'autre, véhiculait les valeurs d'un chapitre déjà écrit par les femmes de ce temps. La position latérale de Michelle Obama, dans notre espace symbolique de représentation du pouvoir visible, fait qu'elle contourne l'écueil que Sarah Palin frappa de plein fouet, celui des fameux deux quarts de travail de la femme, professionnelle et mère de famille…
Le précédent siècle a produit, surtout dans le Tiers-monde d'ailleurs, son lot de figures politiques féminines majeures, Margaret Thatcher, Golda Meir, Indira Ghandi, Benazir Bhutto, Corazon Aquino, Isabel Perón … Il ne s'agit pas ici de dire qu'il n'y a pas eu de femmes politiques au siècle dernier. Sauf que ces pionnières ont en fait établi leur position pour avoir su endosser les valeurs des hommes mieux que les hommes. Leur talent est une émanation directe de la discrimination qui bloqua leurs semblables. C'est comme pour Barack Obama lui-même. Le premier président noir sera un génie politique, qui se sera rendu au sommet malgré l'épais filtre discriminatoire qu'il aura justement su crever de par son talent… Ceci dit, on ne fait pas une féminisation des représentations politiques globales de toute une civilisation avec les success story ad hoc de Mesdames Thatcher, Meir, Ghandi et alii. La Femme Politique au sens fort de ce terme, avec un impact ethnologique effectif du fait féminin et une montée réelle de ce dernier dans les sphères de pouvoir, ça, ce sera pour ce siècle-ci. Car la femme politique de demain reflétera l'impact de masse croissant des femmes dans la joute politique. Sarah Palin tâtonna dans cette direction, mais son action procédait plus de la manipulation démagogique du pouvoir de masse féminin, par des combattants d'arrière garde, que de la mise en place effective des valeurs sociopolitiques des femmes. Hillary Clinton, pour sa part, défaite d'investiture oblige, prend simplement la place ordinaire qui lui revient dans les sphères supérieures, comme Mesdames Albright et Rice avant elle, sans moins, sans plus. Une femme politique majeure, dotée d'un impact symbolique profond, ce sera donc pour la prochaine fois, mais cela s'en vient… Et, pour l'instant, on peut, en fait, se demander si Michelle Obama ne marque pas, dans cette direction, une avancée plus fondamentale que les politiciennes effectives du siècle dernier ou même de ce siècle-ci… Car, indubitablement, Michelle Obama les positionne, elle, ces valeurs féminines de fond, à l'épicentre de l'espace symbolique du pouvoir politique…
Pour commencer à voir un peu comment ça se passe, un autre petit fait intangible doit être signalé, dans la dynamique symbolique se mettant en place ici. La fille de JFK, Caroline Kennedy, a ouvertement renoncé à devenir sénatrice de l'état de New York, l'ancienne position de Madame Clinton. Le symbole du renoncement d'une figure de l'ampleur de Caroline Kennedy est à la fois fort et subtil. Désormais, ce ne sont pas vos liens de famille (comme dans le cas des Bush) si prestigieux fussent-ils qui vous positionnent politiquement, mais vos compétences effectives. Il est fini, du moins pour l'instant, le temps glauque de la figure politique fantoche en pilotage automatique par ses sbires et conseillers. La remythologisation du politique (qui en a bien besoin) est à ce coût… Et, encore une fois, dans cet espace de représentation, Michelle Obama joue son instrument en solo et le joue juste. Elle n'est que Première Dame, l'assume et est là pour voir au maintient de la cohésion familiale et matrimoniale sous le poids écrasant des tâches. L'implication de Madame Marian Robinson, sa mère, dans l'aventure, donne un écho stéréophonique indubitable à la doctrine et aucune ambivalence n'est possible. Ces deux femmes tiendront leur place ancienne avec une solidité de femmes modernes. Il n'y aura pas de passe-droit politicien sur la base d'un quelconque copinage familial pour Michelle Obama.
Ainsi, quand on interroge Michelle Obama sur les positions politiques de son mari, elle répond, sans tergiverser: je ne suis pas sa conseillère politique. Une trajectoire en dérapage calculé, sur deux tableaux, à la Hillary Clinton, est donc fermement et sereinement exclue. Mais, par contre, quand Barack Obama déclara, pendant la campagne présidentielle de 2008, qu'il ne ferait pas de petite politique au rabais avec les ennuis familiaux de Sarah Palin, parce que les enfants et tout ce qui les concerne sont extérieurs à ce qui se joue dans l'arène politique, Michelle Obama eut ouvertement ce mot: C'est ce genre de position qui fait que je suis fière de mon mari, que je l'aime et que je sens que quelque chose de nouveau sera introduit par lui dans notre vie publique. On retrouve donc une femme qui endosse un homme pour l'harmonie profonde qu'elle ressent pour l'intelligence de son action et pour la stature et la cohérence de sa vision des questions sociales et familiales. Femme de ce temps, s'il en est… Il faut absolument aussi mentionner le rapport à la mode vestimentaire. Michelle Obama contourne encore une fois, toujours aussi adroitement, un autre écueil, un redoutable, celui-là. Elle ne deviendra pas la carte de mode abstraite, mondaine, élitaire et distante que fut Jacqueline Kennedy. Madame Obama alterne tenues modestes et sens original et frondeur du décorum. On la qualifie déjà de non-icône de mode et on investit haut et fort cette désignation nouvelle comme non péjorative. De la tenue, aux interventions publique et jusqu'à la sémiologie visuelle du geste et de la posture, Michelle Obama sait exactement ce qu'elle fait. Elle marche en avant, ses enfants bien groupés sous ses ailes. Et vingt pieds plus loin, Barack Obama marche seul, contemplant, devant lui, le petit groupe de ses amours sublimes tout en cogitant les affaires de l'état. L'image est saisissante d'originalité, de force, de relief novateur et incongru.
Toute une tradition solide, à la fois tutélaire et discrète, de maternité afro-américaine définit symboliquement Michelle Obama. Le président Obama lui-même, d'ailleurs, procède discrètement de cette dynamique. C'est, de ce point de vue, un homme très moderne, profondément et sereinement marqué par les figures maternelles. Sa mère (monoparentale) d'abord, puis sa grand-mère, puis la mère de Michelle Obama, puis Michelle Obama elle-même, comme mère, de surcroît, de deux jeunes filles. Le service symbolique, si je puis dire, est de fait mutuel. Michelle Obama incarne, majestueusement et solidement, la volonté politique ferme et inconditionnelle de son mari de recentrer l'Amérique sur ses affaires domestiques, santé, éducation, travail, famille. Tous ces éléments combinés font que la stature de Michelle Obama est unique et solidement connectée à l'âme populaire américaine, dans ce qu'elle a de progressiste autant que dans ce qu'elle a de traditionnel. Toutes les femmes américaines s'identifient déjà profondément à cette figure, se tenant tout juste à la bonne distance de son homme, qui, lui, comprend et admire son importance et sa force. Michelle Obama, c'est une Évita Perón (plutôt qu'une Isabel Perón, pour ceux qui saisiront la nuance), à la puissance mille, et à la mode sociale de ce temps. Et la synthèse symbolique du message est nette. Je m'occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Je vois à ce qu'elles fassent leur lit, même à la Maison Blanche. Et, croyez-moi, j'en ai plein les bras. Cela ne me diminue en rien. On a affaire ici à un travail d'équipe et encadrer la vie civile des enfants, dans l'existence sociale contemporaine, est une tâche cardinale, cruciale et hautement méritoire. Je ne tourne pas le dos à la vie professionnelle. Je ne suis pas une femme rétrograde mais je ne suis pas une femme complexée non plus, et ma définition du professionnel et du familial n'est pas restrictive. Si je tourne le dos à quelque chose, en fait, c'est à la définition traditionnelle (et masculine) de l'étanchéité rigide entre enjeux professionnels et enjeux familiaux. C'est un jeu vraiment très délicat qui se joue ainsi et Michelle Obama le joue sciemment, ouvertement, frontalement. Elle a l'intelligence, le charisme et la subtilité intellectuelle de comprendre parfaitement ce qu'elle fait et d'assurer, solidement et sans déviation décadente ou autres, l'intendance de ce qu'elle représente. La réflexion enclenchée par ce que Michelle Obama symbolise pourrait imposer à nos conceptions, y compris à nos conceptions féministes, les plus importantes, les plus cruciales de toutes sur cette question, un redéploiement intellectuellement riche, mentalement stimulant et socialement utile. Les autres Premières Dames américaines introduisaient passivement un corps de valeurs implicites. Michelle Obama ouvre activement un espace explicite de débat. Son impact symbolique est hautement inusité et, de ce point de vue, indubitablement sans égal.
Tiré de Le carnet d' Ysengrimus
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| jeudi 14 octobre 2010, a 05:21 |
| Achille Mbembe: ''Sortir de la grande nuit'', entretien avec Norbert N. Ouendji |
Vous sommez le continent de "sortir de la grande nuit". Son état de somnolence actuelle vous préoccupe. Et tout au long de votre nouvel ouvrage, vous rejoignez Fanon lorsque vous invitez les Africains à "regarder ailleurs" qu'en Europe s'ils "veulent se mettre debout et marcher"...
C'est, simplement, qu'une nouvelle scène du monde se dessine sous nos yeux. L'Europe n'en est plus le centre de gravité même si elle reste un acteur important de la vie internationale. Rongée par le narcissisme et la blessure du rang perdu, elle tourne désormais en rond sur elle-même, et les Africains perdraient leur temps à vouloir l'ériger en modèle ou à entretenir avec elle des querelles d'un autre âge. Par contre, c'est en elle-même que l'Afrique doit redécouvrir les ressources de sa régénération, son centre, sa ligne médiane. Ceci n'est pas l'équivalent d'un retour à je ne sais quelles coutumes anciennes. L'Afrique doit se reconstituer en tant que force propre. C'est en devenant sa force propre qu'elle négociera avantageusement avec elle-même et avec le monde - condition pour créer quelque chose d'éminemment neuf, qui fasse signe à l'humanité dans son ensemble. La Chine aura-t-elle désormais son mot à dire ? Je le relève parce que vous soulignez que l'un des faits majeurs du demi-siècle à venir sera la présence, en Afrique, de l'empire du milieu, dont de nombreux investissements sont déjà bien visibles dans plusieurs pays du continent.
Pour que le projet sino-africain devienne un facteur positif de leur histoire, il faudra que les Africains lui donnent chair et esprit. Pour le moment, ce projet se situe dans une logique de troc, purement extractive, et dont la conséquence est de renforcer les assises matérielles des potentats locaux et des classes sociales qui les soutiennent. Vous développez assez bien cette logique dans votre livre. On comprend que les potentats locaux dont vous parlez sont inertes face au grand sommeil africain que vous décrivez et dénoncez. Mais ce qui interpelle aussi le lecteur, c'est le rapport que vous établissez entre cette situation et la colonisation.
Elle n'a pas aidé. De tous les points de vue, l'héritage légué par la colonisation était médiocre. Les pouvoirs postcoloniaux n'ont cependant guère fait mieux, eux dont la petitesse d'esprit rappelle à bien des égards celle des maîtres coloniaux. À ce propos, vous n'êtes pas très tendre vis-à-vis de la France. Vous estimez que cette ancienne puissance coloniale "décolonisa sans s'auto-décoloniser".
La colonisation française a pris fin et, vaille que vaille, un transfert de pouvoir a eu lieu. Ceci n'est cependant pas la même chose que la "décolonisation" si, du moins, l'on entend par "décolonisation" un projet radical de recommencement. D'autre part, la colonisation ayant été une forme primitive de la domination de race, on ne peut pas prétendre avoir décolonisé si, par ailleurs, l'on n'a pas démantelé, chez soi, l'armature psychique et les structures matérielles et institutionnelles qui alimentaient le racisme. Or justement, la France d'aujourd'hui - tout comme d'ailleurs une très grande partie de l'Europe - est prise dans la tourmente d'une formidable logique racialiste qui n'a plus honte de se proclamer comme telle. Le vieux pays des "droits de l'homme" est possédé par un désir trouble de provincialisation et, je dois le dire même si le mot est peut-être trop fort, par l'esprit d'un démon que nous connaissons tous - le démon de l'apartheid. Comment comprendre autrement ce rêve fou d'une communauté pure, composée de "gens de souche", repliée dans ses "traditions" et débarrassée de ses "étrangers" ? L'instrumentalisation éhontée de l'Islam, l'espèce de guerre sociale menée contre les jeunes Français non-blancs dans les banlieues, la sorte de culturalisme grossier que l'on utilise pour rendre compte des problèmes de discrimination, la haine cultivée à l'encontre des immigrés, les déportations des plus faibles et des plus vulnérables, les projets de déchéance de la nationalité - tout cela, littéralement, pue. Les élites africaines suivent attentivement ces malheureux développements, et je n'en connais guère qui aimeraient, en plein XXIème siècle, vivre sous le régime du harcèlement permanent et des brimades quotidiennes que fut l'Apartheid. Selon vous, la décolonisation est donc un processus inachevé, au même titre que la démocratisation. Vous parlez même d'une décolonisation "fictive", donnant ainsi l'impression que les Africains ont encore beaucoup de chemin à parcourir pour contribuer positivement à ce que vous appelez "la déclosion du monde".
J'entends par "décolonisation fictive" une décolonisation sans démocratisation ou encore, dans le cas de l'Afrique australe, sans "déracialisation". C'est aussi la sorte de décolonisation où le maître vous remet la maison, mais garde par-devers sa ceinture le trousseau de clés. Ceci dit, aujourd'hui il ne s'agit plus tant de lutter contre un occupant étranger que contre soi-même. Bien entendu, les structures de l'exploitation et de l'inégalité à l'échelle mondiale sont encore là. Mais leurs conséquences sont d'autant plus désastreuses que, sur le plan interne, l'Afrique est molle et gélatineuse. Ses forces sont éparpillées et ses énergies dissipées par la cruauté, le gaspillage et les désordres internes. Il lui faut donc constituer son centre propre si elle veut achever la décolonisation. Il lui faut accomplir ce travail dans un contexte particulier et risqué - celui de la fin de la globalisation et le début d'une balkanisation progressive de notre monde. Si, comme vous le dites, la décolonisation n'a été que "fictive", comment peut-on justifier la célébration, cette année 2010, du cinquantenaire des indépendances ?
De mon point de vue, il n'y a strictement rien à célébrer. En 1960, certains pays africains étaient en avance sur la Corée du Sud. Où en sommes-nous cinquante ans plus tard ? On ne trompera personne en revêtant de haillons ce qui, manifestement, est nu. Votre ouvrage paraît précisément au moment de cette célébration. Est-ce une contribution au débat ou une simple coïncidence ?
L'on a besoin de réflexion critique si l'on veut rouvrir les chemins d'avenir. Cette tâche critique, personne ne l'accomplira à notre place. Mon livre est une contribution à cet effort. Ma voix n'est la voix d'aucun maître. Elle est la mienne propre. En même temps, elle s'implique dans une tradition dont je revendique l'héritage. Ce qui explique aussi votre colère par rapport au fait que, dans bien des pays, les noms de certaines figures importantes ayant combattu pour "l'indépendance" continuent à être censurés des discours officiels. Pourquoi n'arrive-t-on pas à y faire une "place aux vaincus" comme on le voit en Afrique du Sud ?
Nous sommes gouvernés par une classe de prédateurs indigènes dont les comportements et les actions se situent en droite ligne des traditions de pouvoir qui prévalaient en Afrique au moment de la Traite des esclaves. Ceux qui nous gouvernent se comportent à l'égard de leurs pays comme des occupants étrangers. Ils traitent leurs pays comme des prises de guerre. Ils ont une manière de se conduire dans la vie de tous les jours - une manière de parler, une manière d'accoutrement, de boire et de manger, de se montrer en public, d'éprouver des sensations, de jouir, de gaspiller nos maigres richesses, de se mettre en colère, de traiter leurs ennemis - qui démontre en tout point des qualités de la bête sauvage. La colonisation a encouragé en tous points cette tradition d'ensauvagement. C'est cette tradition d'ensauvagement qui, historiquement, explique le rapport des États nègres à la mort en général, et surtout à la mort de ceux qui ont, par la lutte, représenté d'autres possibilités de vie ; la possibilité d'une émancipation radicale. Le cas de Ruben Um Nyobè et de bien d'autres vous hante. Vous dites d'ailleurs que si vous vous êtes éloigné spirituellement du Cameroun, c'est en grande partie en raison de son refus de reconnaître l'existence du crâne d'un parent mort, ou plus largement, "le refus de sépulture et le bannissement des morts tombés lors des luttes pour l'indépendance et l'autodétermination".
Il ne s'agit pas seulement du crâne de Um, mais aussi de tous ceux qui ont trouvé la mort au cours de la lutte - Pierre Yém Mback, Félix Moumié, Abel Kingué, Osendé Afana, Ernest Ouandié, la longue liste des gens sans nom et parfois sans sépulture. Il faut y ajouter ceux qui ont vécu sous le signe de l'exil et du bannissement, que notre pays n'a pas reconnu et qu'il a, à un moment, pourchassé - Ndeh Ntumaza, Abel Eyinga, Mongo Beti, Jean-Marc Éla et plusieurs autres. Il ne faut pas, au milieu de tout ceci, oublier ceux qui, contre vents et marées, ont vécu debout, maîtres d'eux-mêmes, souvent à la marge ; ceux dont le modèle d'existence, au milieu du brouillard et de la fumée, continue de témoigner de ce que nous aurions pu devenir. Je pense par exemple à Fabien Eboussi Boulaga, cette figure singulière dont la pensée pèsera pour longtemps d'un poids propre dans la vie africaine de l'esprit. Vous êtes donc parti pour la France, avez par la suite découvert les USA avant de déposer vos valises en Afrique du sud à la fin du XXe siècle. Votre regard sur chacun de ces trois pays est tantôt passionné, tantôt bouleversant. Quel héritage vous en avez eu en fin compte ? Et quel type de rapports entretenez-vous désormais avec le Cameroun ?
Je continue de vivre à cheval entre l'Afrique du Sud, les Etats-Unis et de temps à autre la France. J'aurai passé l'essentiel de ma vie à traverser le monde. Je me suis glissé dans chacun des lieux que j'ai habités non sans une réserve de distance et d'étonnement. C'est ce qui m'a permis d'assumer la cartographie instable et mouvante de ma vie. En marchant, j'ai rencontré d'autres gens, d'autres langues, d'autres sons et d'autres mondes. Né quelque part, je n'appartiens à aucun lieu en tant que tel. J'aurai passé l'essentiel de mes ans à embrasser la part morcelée de ma propre existence, à faire des détours et des rapprochements parfois improbables, à opérer dans les interstices dans le but de donner une expression commune à des choses que souvent nous dissocions. Le Cameroun, je le porte par-devers moi, dans une relation filiale avec les figures que nous évoquions à l'instant, persuadé qu'un jour, dans le futur, justice sera faite à leur nom et au texte qu'ils ont écrit. Au regard de ce témoignage qui donne à votre livre une portée autobiographique, peut-on dire que vous êtes le symbole du citoyen afropolitain dont vous célébrez l'émergence dans la plupart de vos discours ?
Il m'est simplement arrivé de faire l'expérience de plusieurs lieux. Chacun de ces lieux est tissé dans l'étoffe même de ma vie. Chacun a laissé en moi des traces que je suis incapable d'effacer. Chacun aurait pu être, à lui tout seul, le midi et le crépuscule de mon existence. Mais en réalité, je n'ai pu me rapprocher de chacun d'eux que moyennant une prise de distance, l'érection d'une faille qu'il m'a ensuite fallu chaque fois essayer de franchir. Et c'est en marchant que j'ai appris à devenir, non pas "Nègre", mais simplement homme-dans-le-monde. Vous parlez d'une Afrique qui est désormais "peuplée en majorité de passants potentiels". Vous dites qu'ils sont tentés par l'aventure souvent difficile vers un ailleurs où ils rêvent de se "réinventer et de se ré-enraciner". Comment réussir cette fuite forcenée alors que vous faites le procès d'une globalisation qui n'est plus, pour des millions de gens, "le temps infini de la circulation" ?
L'un des signes les plus dramatiques de la faillite des indépendances, c'est le fait que s'ils en avaient le choix, des centaines de millions d'Africains vivraient ailleurs et non pas chez eux. Ce désir généralisé de défection est une véritable catastrophe. Mais je fais également référence à des tendances lourdes de l'évolution sociale du Continent - bientôt plus d'un milliard d'habitants ; la montée d'une civilisation urbaine sans précédent dans l'histoire de la région ; un nouveau cycle de migrations internes ; la consolidation de nouvelles diasporas notamment aux Etats-Unis ; l'arrivée massive des Chinois dans les grandes métropoles continentales. La question est de savoir comment accompagner ces mutations structurelles. Il nous faut ré-imaginer des institutions en phase avec cette Afrique-en-mouvement, cette Afrique-en-circulation, cette culture fluide et très ouverte sur le monde et à la nouveauté ; cette constellation créole, et que j'appelle "afropolitaine". Revenons sur les causes de cet abandon du continent par ses dignes fils et filles. Vous pointez particulièrement du doigt la gestion calamiteuse des ressources disponibles par des rapaces au pouvoir. Ils s'en vont, en quelque sorte, parce qu'ils ne veulent plus vivre sous des "chefferies masquées".
Les gens font aussi des choix personnels et tous ne sont pas liés à la situation politique désastreuse de nos États. Je parle de la nouvelle phase des migrations de masse, celles qui sont liées à la survie économique ou celles qui sont l'effet des situations de guerre et de conflits. Elles affectent des millions de gens dont certains se déplacent de camps en camps. Mais il y a aussi un processus de déplacement des frontières, que celles-ci soient physiques, culturelles ou cultuelles. De ce point de vue, il n'y a qu'à observer la sorte de réalignement mental à l'œuvre dans les églises pentecôtistes qui se développent partout sur le continent sur un mode quasi-capillaire. Ce basculement de la géographie, de l'imaginaire et des formes de mobilité est un facteur clé des recompositions en cours. Accompagner de manière créative ces recompositions exige que soient abolies les frontières héritées de la colonisation ; que soient ouverts de grands espaces de circulation sans lesquels il n'y aura guère de grands pôles régionaux de croissance économique et de créativité intellectuelle, culturelle et artistique. Nous avons besoin d'ouvrir, en Afrique, de vastes espaces de libre-circulation. Cet effort doit aller de pair avec la réforme des règles concernant la nationalité. Que l'on accorde, par exemple, la citoyenneté aux gens d'origine africaine qui le souhaiteraient, vieilles et jeunes diasporas confondues. Que l'on institue, à l'échelle continentale, un "droit de retour" pour ceux et celles qui souhaitent appartenir au continent. Ce discours rappelle le projet des Etats-Unis d'Afrique dont rêvaient Marcus Garvey et plus tard Kwame Nkrumah. Aujourd'hui, des leaders comme Kadhafi tentent de faire prospérer cette idée au sein de l'Union africaine, qui est officiellement consciente de la nécessité de la concrétiser. Au-delà des discours, peut-on être optimiste par rapport à cette cause avec la génération des chefs d'Etat actuels ?
C'est un vaste horizon d'avenir et un nouvel imaginaire du futur qu'il s'agit d'ouvrir. Cet imaginaire doit être à la mesure des défis posés par le tumulte du présent. Les discours sur la globalisation cachent mal le fait qu'une grande "partition" du monde est en cours. Le processus de balkanisation du monde se traduit par la montée des peurs, le retour des murs, les tentatives de réduction du politique aux pulsions les plus primaires, la mise calculée de la raison au sommeil, le retour preux et gaillard de logiques racialistes que l'on croyait périmées. L'Afrique ne peut guère faire face à un monde plus féroce que jamais avec une poussière de micro-États sans nom, sans voix ni poids propre. Elle doit absolument faire réseaux si elle veut se constituer en force autonome, capable d'embrasser le monde et d'agir à hauteur de celui-ci. Cette idée d'une "nationalité africaine", d'une "cité africaine" nous vient de loin. Elle est inséparable de l'émergence de l'Afrique à la modernité. Elle comporte des dimensions politiques, philosophiques, esthétiques et économiques. Pour la réactiver positivement dans les conditions contemporaines, il faut la remettre entre les mains des sociétés civiles africaines et en faire un grand mouvement culturel. D'après votre dialectique, la plupart de nos dirigeants sont prêts à tout pour "rester au pouvoir à vie". Vous établissez même un rapport entre les pratiques sexuelles de certains et cette gestion du pouvoir en postcolonie, où une "machine à jouir" en est marche. Comment fonctionne exactement une telle mécanique ? Par ailleurs, quels sont les pays où cela s'exprime le plus ?
Ce n'est pas qu'une affaire de dirigeants. C'est tout le rapport entre l'État et la société qu'il faut remettre en question. Chaque société a les dirigeants qu'elle mérite. Ceci dit, la culture autoritaire postcoloniale - dont je disais qu'elle puise certains de ses ressorts dans l'ethos de la Traite des esclaves - est une culture phallocratique. La phallocratie, c'est le gouvernement du père ou du vieillard. Elle fonctionne sur la base de la croyance selon laquelle c'est dans le phallus que quelque chose se passe. C'est dans et par le phallus qu'il y a événement. En fait, le phallus, voilà l'événement ! Et le pouvoir, c'est l'effort que déploie le phallus sur lui-même pour devenir figure et structure. Non pas une structure de production, mais un conglomérat de sujets voués à la consumation sans but, au gaspillage le plus frénétique, à la dépense sans réserve, bref, à la vénalité et à la corruption. C'est cela que j'appelle "la machine à jouir". Ces "machines à jouir" sont à l'œuvre dans des pays comme le Cameroun, les deux Congo, le Nigéria, l'Angola, le Gabon, les deux Guinée, le Tchad et le Kenya. La part de sénilité frappe, quant à elle, presque tous les pays africains Vous montrez que le déficit de démocratie est l'un des dénominateurs communs des pays concernés. Dans la foulée, vous soutenez que, pour que la démocratie "s'enracine en Afrique, il faudrait qu'elle soit portée par des forces sociales et culturelles organisées ; des institutions et des réseaux sortis tout droit du génie, de la créativité et surtout des luttes quotidiennes des gens eux-mêmes et de leurs traditions propres de solidarité". Il s'agit là, d'une remise en cause radicale des tentatives de lutte qui ont été menées depuis le début des années 1990.
Dans la plupart des cas, les luttes menées depuis 1990 n'ont manifestement pas entrainé une démocratisation radicale de la vie politique africaine. Dans les États francophones en particulier, l'on continue de truquer les élections comme au bon vieux temps de la colonisation. Les citoyens ne sont toujours pas à même de choisir librement leurs dirigeants. La seule forme d'alternance est l'alternance par la mort. Les successions, désormais, se font de père à fils. Les expériences les plus avancées demeurent fragiles faute d'enracinement dans les institutions et les structures. Il y a un énorme décalage entre la façon de mener les luttes et les formes de la créativité sociale et culturelle en général, qu'il s'agisse des langages, des institutions, des manières de s'organiser ou des modes de légitimation. L'on a besoin d'une deuxième génération de luttes pour la démocratie en Afrique. Pour aboutir, cette deuxième génération des luttes devra nécessairement assurer le pont entre les formes d'un coté et la culture de l'autre. Qu'est-ce que cela veut dire concrètement ?
Il nous faut étudier très attentivement les multiples façons dont opèrent les logiques sociales et culturelles. Comment, dans la pratique de tous les jours, les gens font-ils communauté ? Comment s'organisent-ils pour pratiquer la solidarité ? De quels genres d'institutions se dotent-ils lorsqu'ils cherchent à réaliser des buts transcendantaux ? Dans quels langages parlent-ils des choses quotidiennes ou encore des fins dernières ? Comment chantent-ils ou prient-ils ? À travers quelles formes expressives cherchent-ils à communiquer la joie, la plainte ou les lamentations ? Comment articulent-ils le proche et le lointain ? À quelles formes de réappropriation soumettent-ils ce qui est nouveau ? Tout ceci constitue le capital culturel sans lequel il n'y a guère, ici, d'action efficace. Si l'on veut enraciner la démocratie en Afrique, il faut déployer ce capital culturel et ces gisements symboliques comme les ressources principales de la lutte. Il faut traduire l'idée même de la démocratie dans les langages des gens. Ce travail intellectuel, mais aussi tactique et organisationnel, n'est malheureusement pas fait. Les partis d'opposition ont-ils aujourd'hui la légitimité et la crédibilité pour accompagner un tel projet ?
Les partis d'opposition sont loin d'avoir effectué le travail intellectuel dont je parlais il y a un instant. Il faut proposer un imaginaire qui parle aux gens dans les conditions concrètes de leur vie quotidienne. Ce retour aux situations quotidiennes doit aller de pair avec l'articulation d'un horizon d'espoir, une certaine proposition de futur. Mais davantage encore, il faut raviver la conscience de classe si l'on veut échapper aux rets de l'ethnisme. Ceci exige une énorme capacité de créativité et de traduction. Il est par exemple significatif que les églises pentecôtistes parviennent à redéfinir ainsi les contours de la communauté et de l'individu à partir d'idiomes dont pourraient s'inspirer les partis politiques d'opposition. Il est en effet possible de proposer de nouvelles visions de la communauté qui ne soient pas nécessairement biologiques, d'inventer de nouvelles formes de parentés qui transcendent le lignage ou la tribu. C'est cette sorte d'imaginaire qu'il faut savoir ouvrir. Dans le cas du Cameroun particulièrement, comment pouvez-vous, avec un peu de recul, résumer la situation qui y prévaut, un an avant la présidentielle en principe prévue en octobre 2011 ?
C'est l'enkystement. Le pays est sous la coupe d'à peu près un demi-millier de vieillards qui, à tous les échelons de la vie publique, s'arc-boutent et ne veulent point mourir seuls. Ils sont décidés à emporter avec eux tout ce qui vit et respire. Le premier d'entre eux, Monsieur Paul Biya, aura bientôt 80 ans. Frappé de sénilité, il n'est lucide que quelques heures par jour, comme d'ailleurs tous les gens de son âge. Peu importe qu'il soit au pouvoir depuis 28 ans. Il ne lâchera pas l'os. Le moment venu, il se représentera pour un énième mandat. Il veut à tout prix égaler, puis surpasser Fidel Castro. Il tient à s'éteindre au pouvoir. Comment éviter un tel naufrage ? Vous donnez le sentiment qu'une alternance n'est pas possible dans les conditions actuelles.
Les rapports entre la société et l'État sont tels que dans les conditions actuelles, il ne peut pas y avoir d'alternance pacifique. Les acteurs susceptibles de conduire une révolution sociale radicale manquent à l'appel. La société est ankylosée. Pourtant, le besoin d'une révolution sociale radicale n'a jamais été aussi pressant qu'aujourd'hui. Dans ce sens, quel regard portez-vous sur les actions que mènent certains membres de la diaspora ces derniers temps ?
Tout ce qui contribue à débloquer l'impasse doit être tenté. Mais il faut reconnaître que l'on est loin du compte. Le spectre d'Haïti plane sur l'Afrique.
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| samedi 21 août 2010, a 06:39 |
| Afrique: ''on est encore loin du compte'', une interview avec Achille Mbembe |
Achille Mbembe, politologue et philosophe camerounais, théoricien de la postcolonie, est installé à Johannesburg depuis une dizaine d'années. Il a publié, entre autres, De la postcolonie, essai sur l'imagination politique dans l'Afrique contemporaine (Karthala, 2000), et s'apprête à sortir, à la rentrée, un nouvel essai sur l'ère postcoloniale, intitulé Critique de la raison nègre.
Cinquante ans après les indépendances, que fête-t-on exactement ?
Au regard de ce que fut le projet de décolonisation, il y a très peu à fêter. Le mouvement de pensée qui aboutit à la fin du colonialisme avait deux objectifs : ce que j'appelle la volonté de vie, comme d'autres parlent de la volonté de puissance, et quelque chose comme un projet d'éclosion au monde. On est encore loin du compte. Fêter cinquante ans d'indépendance paraît même embarrassant en soi, compte tenu du spectacle actuel : une majorité d'Africains veut vivre partout, sauf en Afrique. Difficile de faire plus grave constat d'échec !
Tout de même, n'y a-t-il pas quelques acquis ?
La scolarisation représente un gros bénéfice, remis en question dans les années 80 par la crise économique. Avec la déscolarisation et la paupérisation, le nombre de gens oisifs a augmenté. Le marché militaire au sens large, avec ses armées, ses milices et ses enfants soldats, est le seul à avoir besoin de toute cette viande humaine. La hausse du nombre de gens qui n'ont rien à perdre représente un potentiel de violence anarchique, une violence très différente de l'histoire de la lutte contre le colonialisme. La violence actuelle, sans projet politique, sied parfaitement aux régimes établis. Elle convient à tous ceux qui vivent du pillage économique du continent, dans un mélange de mercantilisme et de militarisme, pour exploiter les richesses du sous-sol sans rien laisser en retour. Le Congo démocratique en est l'exemple accompli. Cinquante ans d'indépendance et pas grand-chose à montrer… Le spectre de Haïti, qui plane sur l'Afrique, devrait être la thématique centrale de toute réflexion sur la décolonisation à la française.
L'Afrique francophone est-elle en retard sur l'Afrique anglophone ?
Pas vraiment. Tout se joue dans l'implication de forces extérieures, mais aussi la faiblesse des structures internes, en plus d'une histoire assez longue de difficultés à négocier ses rapports avec le monde. Déjà, pendant la traite négrière, il paraissait plus facile de vendre ses gens que de les mettre au travail. Partout, il y a cette incapacité à mettre les dominés au travail, à produire suffisamment de richesses pour assumer l'indépendance.
Est-ce une malédiction, en Afrique, d'être un pays doté de richesses naturelles ? Le Mali, l'un des pays les plus pauvres, est aussi un des rares à pouvoir se vanter d'avoir une démocratie stable…
Malgré ses immenses richesses, l'Afrique centrale se trouve au cœur des ténèbres, tout au long d'un immense arc, qui part du golfe de Guinée pour aller jusqu'au Tchad, en passant par l'est du Congo, la faille des Grands Lacs, avant de repartir vers l'Angola. Rien ne manque, a priori, pour se développer : pétrole, bois, diamant, forêt, faune, flore…
En Afrique francophone, on entend toujours le même débat sur la responsabilité de l'ancien colonisateur dans l'état actuel des choses. Comment le voyez-vous ?
Dire que c'est la faute de la France, c'est tenir un discours paresseux. Si les Africains veulent la démocratie, à eux d'en payer le prix ! A eux de réinventer une culture du pouvoir qui donne une prime à ce que l'on pourrait appeler une réserve de vie, dans un continent où il est si facile de tuer ou d'être tué. Prendre le pouvoir, c'est souvent tuer celui qu'on aura défini comme ennemi. Il faut sortir de cet imaginaire du pouvoir, renoncer à la fétichisation de la différence. Il faut renoncer à dire : «Chez nous, c'est comme ça.»
Quels sont les grands espoirs déçus des années 60 ?
L'ère postcoloniale est marquée par un affaissement de la pensée. Les élites ont été décapitées ou arraisonnées par les Etats, incorporées dans les structures de gouvernement et les rentes de situation. Elles n'ont plus intérêt à penser de manière critique. La pensée a émigré vers d'autres lieux, dans la musique par exemple, où l'on retrouve le pouvoir critique de l'Afrique postcoloniale. C'est le lieu de la cure, au sens psychanalytique du terme, face à l'ampleur du malheur et de la souffrance. A travers les rythmes profonds, on commence à soupçonner le potentiel en sommeil et à imaginer les conditions dans lesquelles on pourrait le réveiller, avec cette conviction que le temps de l'Afrique viendra. Il faut tenir cette dimension utopique et d'espérance - ou sinon, s'en aller.
Peut-on parler d'indépendance, en Afrique francophone, quand la devise s'appelle encore aujourd'hui le franc CFA ?
La domination ne passe pas seulement par la coercition, mais aussi par la séduction, le confort et la paresse. C'est un peu la puissance perverse du franc CFA : on s'installe confortablement dans la maison d'autrui, ce qui nous dispense de construire notre propre maison. Le grand succès de la domination française, c'est son degré de raffinement dans la perversité. Les dominés sont frappés de dépendance, ils en demandent plus, chaque fois plus. Le pire qui puisse leur arriver, c'est de faire face à l'arrachement, de se lever et de dire : «Merci la France, au revoir !» Pour le moment, il y a un paternalisme mâtiné de racisme et de mépris d'un côté, et une servilité cérémoniaise [sic] de l'autre. Que faire dans un tel marécage ? A cet égard, le défilé militaire et les cérémonies du 14 juillet sont non seulement embarrassants, mais au fond, vulgaires - dans le droit fil de la logique coloniale !
S'il y avait une échelle des pays plus ou moins dépendants, lequel serait le plus indépendant ?
L'Afrique du Sud mène le peloton, suivie par l'Angola, malgré sa kleptocratie [un régime politique qui pratique la corruption à très grande échelle, ndlr], l'une des plus rapaces du continent. La Somalie, ayant poussé le néolibéralisme à ses extrémités, pourrait être considérée, avec un certain cynisme, comme le pays le plus indépendant d'Afrique…
A l'inverse, quels seraient les pays les plus dépendants ?
Ceux qui sont tenus par les élites de l'Afrique centrale francophone, Bongo en tête [Omar, puis Ali, au Gabon].
Cinquante ans après les indépendances, il est parfois plus facile de passer par Paris pour aller d'un pays d'Afrique à l'autre… Est-ce faute de volonté politique ?
Le rêve panafricain n'est pas mort. Il faut espérer qu'il fasse partie d'une mémoire subversive, en attente. Quand l'Afrique se réveillera, espérons que cette mémoire soit là pour alimenter le projet de réveil.
(Propos recueillis par SABINE CESSOU)
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| jeudi 22 janvier 2009, a 01:58 |
| DISCOURS D'INVESTITURE DU PRÉSIDENT BARACK OBAMA |
Chers compatriotes
Je suis ici devant vous aujourd'hui empli d'un sentiment d'humilité face à la tâche qui nous attend, reconnaissant pour la confiance que vous m'avez témoignée et conscient des sacrifices consentis par nos ancêtres.
Je remercie le président Bush pour ses services rendus à la nation ainsi que pour la générosité et la coopération dont il a fait preuve tout au long de cette passation de pouvoirs.
Quarante-quatre Américains ont maintenant prêté le serment présidentiel. Ils l'ont fait alors que gonflait la houle de la prospérité sur les eaux calmes de la paix. Mais il arrive de temps à autre que ce serment soit prononcé alors que s'accumulent les nuages et que gronde la tempête.
Dans ces moments, l'Amérique a gardé le cap, non seulement en raison de l'habileté ou de la vision de ses dirigeants, mais aussi parce que Nous le Peuple, sommes demeurés fidèles aux idéaux de nos ancêtres et à notre constitution.
Ainsi en a-t-il toujours été. Ainsi doit-il en être pour la présente génération d'Américains.
Nul n'ignore que nous sommes au beau milieu d'une crise. Notre nation est en guerre contre un vaste réseau de violence et de haine.
Notre économie est gravement affaiblie, conséquence de la cupidité et de l'irresponsabilité de certains, mais aussi de notre échec collectif à faire des choix difficiles et à préparer la nation à une nouvelle ère. Des gens ont perdu leur maison ou leur emploi, des entreprises ont dû fermer leurs portes. Notre système de santé coûte trop cher. Nos écoles laissent tomber trop d'enfants et chaque jour apporte de nouvelles preuves que la façon dont nous utilisons l'énergie renforce nos adversaires et menace notre planète.
Ce sont les signes de la crise en termes statistiques. Mais, si elle n'est pas aussi tangible, la perte de confiance dans tout le pays n'en est pas moins profonde, nourrie de la crainte tenace que le déclin de l'Amérique soit inévitable et que la prochaine génération doive diminuer ses ambitions.
Je vous dis aujourd'hui que les défis auxquels nous faisons face sont réels. Ils sont importants et nombreux. Nous ne pourrons les relever facilement ni rapidement. Mais, sache le, Amérique, nous le relèverons.
En ce jour, nous sommes réunis car nous avons préféré l'espoir à la peur, la volonté d'agir en commun au conflit et à la discorde.
En ce jour nous proclamons la fin des doléances mesquines et des fausses promesses, des récriminations et des dogmes éculés qui ont pendant trop longtemps étouffé notre vie politique.
Nous demeurons une jeune nation. Mais pour reprendre les mots de la Bible, le temps est venu de se défaire des enfantillages. Le temps est venu de réaffirmer la force de notre caractère, de choisir la meilleure part de notre histoire, de porter ce précieux don, cette noble idée transmise de génération en génération : la promesse de Dieu que nous sommes tous égaux, tous libres et que nous méritons tous la chance de prétendre à une pleine mesure de bonheur.
Nous réaffirmons la grandeur de notre nation en sachant que la grandeur n'est jamais donnée mais se mérite. Dans notre périple nous n'avons jamais emprunté de raccourcis et ne nous sommes jamais contentés de peu. Cela n'a jamais été un parcours pour les craintifs, ceux qui préfèrent les loisirs au travail ou ne recherchent que la richesse ou la célébrité.
Au contraire, ce sont plutôt ceux qui ont pris des risques, qui ont agi et réalisé des choses – certains connus, mais le plus souvent des hommes et des femmes anonymes – qui nous ont permis de gravir le long et rude chemin vers la prospérité et la liberté.
Pour nous, ils ont rassemblé leurs maigres possessions et traversé des océans en quête d'une vie nouvelle.
Pour nous, ils ont trimé dans des ateliers de misère et colonisé l'Ouest. Ils ont connu la morsure du fouet et la dureté du labeur de la terre.
Pour nous, ils se sont battus et sont morts dans des lieux comme Concord et Gettysburg, en Normandie ou à Khe-Sanh.
A maintes reprises ces hommes et ces femmes se sont battus, se sont sacrifiés, ont travaillé à s'en user les mains afin que nous puissions mener une vie meilleure. Ils voyaient en l'Amérique quelque chose de plus grand que la somme de leurs ambitions personnelles, que toutes les différences dues à la naissance, la richesse ou l'appartenance à une faction.
C'est la voie que nous poursuivons aujourd'hui. Nous demeurons la nation la plus prospère, la plus puissante de la Terre. Nos travailleurs ne sont pas moins productifs qu'au début de la crise.
Nos esprits ne sont pas moins inventifs, nos biens et services pas moins demandés que la semaine dernière, le mois dernier ou l'an dernier. Nos capacités demeurent intactes. Mais il est bien fini le temps de l'immobilisme, de la protection d'intérêts étroits et du report des décisions désagréables.
A partir d'aujourd'hui, nous devons nous relever, nous épousseter et reprendre la tâche de la refondation de l'Amérique.
Où que nous regardions, il y a du travail. L'état de l'économie réclame des gestes audacieux et rapides. Et nous agirons – non seulement pour créer de nouveaux emplois mais pour jeter les fondations d'une nouvelle croissance. Nous allons construire les routes et les ponts, les réseaux électriques et numériques qui alimentent notre commerce et nous unissent.
Nous redonnerons à la science la place qu'elle mérite et utiliserons les merveilles de la technologie pour accroître la qualité des soins de santé et diminuer leur coût.
Nous dompterons le soleil, le vent et le sol pour faire avancer nos automobiles et tourner nos usines. Nous transformerons nos écoles et nos universités pour répondre aux exigences d'une ère nouvelle. Nous pouvons faire tout cela et nous le ferons.
Cela dit, il y a des gens pour s'interroger sur l'ampleur de nos ambitions, et suggérer que notre système n'est pas capable de faire face à trop de grands projets à la fois. Ils ont la mémoire courte.
Ils ont oublié ce que ce pays a déjà accompli, ce que des hommes et des femmes libres peuvent réaliser quand l'imagination sert un objectif commun et que le courage s'allie à la nécessité.
Ce que les cyniques ne peuvent pas comprendre, c'est que le sol s'est dérobé sous leurs pieds et que les arguments politiques rancis auxquels nous avons eu droit depuis si longtemps, ne valent plus rien. La question aujourd'hui n'est pas de savoir si notre gouvernement est trop gros ou trop petit, mais s'il fonctionne – s'il aide les familles à trouver des emplois avec un salaire décent, à accéder à des soins qu'ils peuvent se permettre et à une retraite digne. Là où la réponse à cette question est oui, nous continuerons.
Là où la réponse est non, nous mettrons un terme à des programmes.
Et ceux d'entre nous qui gèrent les deniers publics seront tenus de dépenser avec sagesse, de changer les mauvaises habitudes, de gérer en pleine lumière – c'est seulement ainsi que nous pourrons restaurer l'indispensable confiance entre un peuple et son gouvernement.
La question n'est pas non plus de savoir si le marché est une force du bien ou du mal. Sa capacité à générer de la richesse et à étendre la liberté est sans égale. Mais cette crise nous a rappelé que sans surveillance, le marché peut devenir incontrôlable, et qu'une nation ne peut prospérer longtemps si elle ne favorise que les plus nantis. Le succès de notre économie n'est pas uniquement fonction de la taille de notre produit intérieur brut. Il dépend aussi de l'étendue de notre prospérité, de notre capacité à donner une chance à ceux qui le veulent – non par charité mais parce que c'est la meilleure voie vers le bien commun.
En ce qui concerne notre défense à tous, nous rejettons l'idée qu'il faille faire un choix entre notre sécurité et nos idéaux. Nos Pères fondateurs, face à des périls que nous ne pouvons que difficilement imaginer, ont mis au point une charte pour assurer la prééminence de la loi et les droits de l'Homme, une charte prolongée par le sang de générations. Ces idéaux éclairent toujours le monde, et nous ne les abandonnerons pas par commodité.
A tous les peuples et les gouvernants qui nous regardent aujourd'hui, depuis les plus grandes capitales jusqu'au petit village où mon père est né (au Kenya, ndlr) : sachez que l'Amérique est l'amie de chaque pays et de chaque homme, femme et enfant qui recherche un avenir de paix et de dignité, et que nous sommes prêts à nouveau à jouer notre rôle dirigeant.
Rappelez-vous que les précédentes générations ont fait face au fascisme et au communisme pas seulement avec des missiles et des chars, mais avec des alliances solides et des convictions durables.
Elles ont compris que notre puissance ne suffit pas à elle seule à nous protéger et qu'elle ne nous permet pas d'agir à notre guise. Au lieu de cela, elles ont compris que notre puissance croît lorsqu'on en use prudemment ; que notre sécurité découle de la justesse de notre cause, la force de notre exemple et des qualités modératrices de l'humilité et de la retenue.
Nous sommes les gardiens de cet héritage. Une fois de plus guidés par ces principes, nous pouvons répondre à ces nouvelles menaces qui demandent un effort encore plus grand, une coopération et une compréhension plus grande entre les pays.
Nous allons commencer à laisser l'Irak à son peuple de façon responsable et forger une paix durement gagnée en Afghanistan. Avec de vieux amis et d'anciens ennemis, nous allons travailler inlassablement pour réduire la menace nucléaire et faire reculer le spectre du réchauffement de la planète.
Nous n'allons pas nous excuser pour notre façon de vivre, ni hésiter à la défendre, et pour ceux qui veulent faire avancer leurs objectifs en créant la terreur et en massacrant des innocents, nous vous disons maintenant que notre résolution est plus forte et ne peut pas être brisée ; vous ne pouvez pas nous survivre et nous vous vaincrons.
Nous savons que notre héritage multiple est une force, pas une faiblesse. Nous sommes un pays de chrétiens et de musulmans, de juifs et d'hindous, et d'athées. Nous avons été formés par chaque langue et civilisation, venues de tous les coins de la Terre. Et parce que nous avons goûté à l'amertume d'une guerre de Sécession et de la ségrégation (raciale), et émergé de ce chapitre plus forts et plus unis, nous ne pouvons pas nous empêcher de croire que les vieilles haines vont un jour disparaître, que les frontières tribales vont se dissoudre, que pendant que le monde devient plus petit, notre humanité commune doit se révéler, et que les Etats-Unis doivent jouer leur rôle en donnant l'élan d'une nouvelle ère de paix.
Au monde musulman : nous voulons trouver une nouvelle approche, fondée sur l'intérêt et le respect mutuels. A ceux parmi les dirigeants du monde qui cherchent à semer la guerre, ou faire reposer la faute des maux de leur société sur l'Occident, sachez que vos peuples vous jugeront sur ce que vous pouvez construire, pas détruire.
A ceux qui s'accrochent au pouvoir par la corruption et la fraude, et en bâillonant les opinions dissidentes, sachez que vous êtes du mauvais côté de l'histoire, mais que nous vous tendrons la main si vous êtes prêts à desserrer votre étau.
Aux habitants des pays pauvres, nous promettons de travailler à vos côtés pour faire en sorte que vos fermes prospèrent et que l'eau potable coule, de nourrir les corps affamés et les esprits voraces.
Et à ces pays qui comme le nôtre bénéficient d'une relative abondance, nous disons que nous ne pouvons plus nous permettre d'être indifférents aux souffrances à l'extérieur de nos frontières, ni consommer les ressources planétaires sans nous soucier des conséquences. En effet, le monde a changé et nous devons évoluer avec lui.
Lorsque nous regardons le chemin à parcourir, nous nous rappelons avec une humble gratitude ces braves Américains qui, à cette heure précise, patrouillent dans des déserts reculés et des montagnes éloignées. Ils ont quelque chose à nous dire aujourd'hui, tout comme les héros qui reposent (au cimetière national) à Arlington nous murmurent à travers les âges.
Nous les honorons non seulement parce qu'ils sont les gardiens de notre liberté, mais parce qu'ils incarnent l'esprit de service, une disponibilité à trouver une signification dans quelque chose qui est plus grand qu'eux. Et à ce moment, ce moment qui définira une génération, c'est précisément leur esprit qui doit tous nous habiter.
Quoi qu'un gouvernement puisse et doive faire, c'est en définitive de la foi et la détermination des Américains que ce pays dépend. C'est la bonté d'accueillir un inconnu lorsque cèdent les digues, le désintéressement d'ouvriers qui préfèrent travailler moins que de voir un ami perdre son emploi, qui nous permet de traverser nos heures les plus sombres.
C'est le courage d'un pompier prêt à remonter une cage d'escalier enfumée, mais aussi la disponibilité d'un parent à nourrir un enfant, qui décide en définitive de notre destin.
Les défis face à nous sont peut-être nouveaux. Les outils avec lesquels nous les affrontons sont peut-être nouveaux. Mais les valeurs dont notre succès dépend, le travail, l'honnêteté, le courage et le respect des règles, la tolérance et la curiosité, la loyauté et le patriotisme, sont anciennes. Elles sont vraies. Elles ont été la force tranquille du progrès qui a sous-tendu notre histoire. Ce qui est requis, c'est un retour à ces vérités. Ce qui nous est demandé maintenant, c'est une nouvelle ère de responsabilité, une reconnaissance, de la part de chaque Américain, que nous avons des devoirs envers notre pays et le monde, des devoirs que nous n'acceptons pas à contrecoeur mais saisissons avec joie, avec la certitude qu'il n'y a rien de plus satisfaisant pour l'esprit et qui définisse notre caractère, que de nous donner tout entier à une tâche difficile.
C'est le prix, et la promesse, de la citoyenneté.
C'est la source de notre confiance, savoir que Dieu nous appelle pour forger un destin incertain.
C'est la signification de notre liberté et de notre credo, c'est la raison pour laquelle des hommes, des femmes et des enfants de toutes les races et de toutes les croyances peuvent se réjouir ensemble sur cette magnifique esplanade, et pour laquelle un homme dont le père, il y a moins de 60 ans, n'aurait peut-être pas pu être servi dans un restaurant de quartier, peut maintenant se tenir devant vous pour prêter le serment le plus sacré.
Donc marquons ce jour du souvenir, de ce que nous sommes et de la distance que nous avons parcourue. Aux temps de la naissance des Etats-Unis, dans les mois les plus froids, un petit groupe de patriotes s'est blotti autour de feux de camp mourants, au bord d'une rivière glacée. La capitale fut abandonnée. L'ennemi progressait. La neige était tachée de sang. Au moment où l'issue de notre révolution était la plus incertaine, le père de notre nation (George Washington, nldr) a donné l'ordre que ces mots soits lus : « Qu'il soit dit au monde du futur, qu'au milieu de l'hiver, quand seul l'espoir et la vertu pouvaient survivre, que la ville et le pays, face à un danger commun, (y) ont répondu ».
O Etats-Unis. Face à nos dangers communs, dans cet hiver de difficultés, rappelons-nous ces mots éternels. Avec espoir et courage, bravons une fois de plus les courants glacés, et supportons les tempêtes qui peuvent arriver. Qu'il soit dit aux enfants de nos enfants que lorsque nous avons été mis à l'épreuve, nous avons refusé de voir ce parcours s'arrêter, nous n'avons pas tourné le dos ni faibli. Et avec les yeux fixés sur l'horizon et la grâce de Dieu, nous avons continué à porter ce formidable cadeau de la liberté et l'avons donné aux générations futures.
Merci. Que Dieu vous bénisse, et que Dieu bénisse les États-Unis d'Amérique.
20 Janvier 2009
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| mardi 25 mars 2008, a 14:47 |
| DEVOIR DE RESURRECTION |
Je plaide pour le devoir de résurrection, afin qu' il soit inscrit dans la liste des devoirs civiques et qu' il ne soit plus un simple idéal spirituel réservé à quelques gourous exaltés. Dût ce devoir figurer en première ligne dans la charte revisée des droits et devoirs des citoyens, c'est mon souhait le plus ardent.
A l' heure de la mondialisation et du numérique, le devoir de résurrection représente un combat acharné par lequel nous croisons le fer avec l' expérience de la négativité, expérience qui ne crée rien mais qui détruit tout sur son passage. Dans cette négativité se trouvent toutes les forces qui gouvernent l' empire de la mort et qui ont pour noms la violence, la guerre, l' oppression, la haine, le terrorisme, le sous-développement, l'hypocrisie, la malhonnêteté, la tricherie, la mauvaise gouvernance, l' erreur , le vol, le mensonge, le meurtre, et toute la litanie d' infamies qu' on ne peut citer sans frémir.
Face à ces forces mortifères du cycle sans issue de notre civilisation du Web ( la " Webcivilisation " ), je lance l' idée d' une " civilisation de la résurrection " comme alternative heureuse au chaos et à l' incertitude. Parallèlement à cela, j' en appelle à une nouvelle conscience civique et je lance l' idée d' une " citoyenneté résurrectionnelle " comme antidote aux formes obsolètes d'identité.
Si le devoir de résurrection doit engendrer une nouvelle identité, à la fois individuelle et collective, c'est à condition, bien entendu, de l'inscrire dans nos politiques et nos priorités, de sortir en fin de compte des carcans et des murailles auxquelles on est resté longtemps arc-bouté.
Par le devoir de résurrection, la vie individuelle et collective ouvre ses pétales pour parfaire la beauté du réel. Mais c'est un devoir exigeant. Pour l' avoir compris et parce qu' il y a crû de tout son cœur, Jésus fut capable de " ressusciter " lui-même et de ressusciter les autres.
CHARLES TSHIMANGA BAKANKANA
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| Présentation |  Charles Tshimanga Bakankana est
philosophe et chercheur autonome.
Sensible à la marche du monde
et aux questions liées à la révolution numérique. Soucieux de voir l'humanité s'engager résolument dans la voie de la paix et du bonheur partagé.Très préoccupé par le sort des pays pauvres encore victimes de violences politiques et de l'incurie. Optimiste cependant dans le triomphe du bien sur le mal et de la vérité sur l'erreur. Ouvert à tous ceux et toutes celles qui luttent jour et nuit pour que le monde change et que chacun puisse jouir paisiblement , dans la justice , de richesses de la terre. '' Nous devons mettre fin à la guerre et aux conflits qui déchirent les nations pauvres, en leur donnant la possibilité et les moyens de s'engager dans la voie du développement durable. Il ne s'agit pas là d'un devoir de charité, ni de compassion, mais d'un devoir de résurrection, que je pense être essentiellement un devoir politique. Je lance donc un appel à tous et à toutes, à travers ce blog, pour inscrire ce devoir dans nos politiques et dans nos priorités. Dans un monde plus que jamais défié par les crises, nous n'avons pas d'autres choix, ni d'autres appels plus pressants par lesquels il nous faille à la fois combattre, triompher et survivre''
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